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Conte et expérience chamanique

Sedona, Arizona.

Il était un temps, avant même que le temps existe, ou les frères animaux s’asseyaient autour de Grand Père le Feu. On trouvait l’Aigle, le Corbeau et la Chouette. Il y avait aussi l’Ours, la Panthère, le Cerf et le Cheval ; La Tortue, La Salamandre, le Serpent et l’Araignée. Il y avait aussi l’Animal à deux pattes – l’humain. Chacun parlait le langage sacré des esprits.

Ainsi commence le conte chamanique de la création par Jade Wah’oo Grigori.

Tous vivaient en harmonie dans ce paradis perdu. Les humains communiquaient avec les animaux, les oiseaux, les minéraux et le vivant en général. L’ancien Nakoda John Snow résume : "Ils comprenaient notre langage et nous le leur. Souvent ils nous parlaient dans nos rêves et visions. Parfois ils nous révélaient d’importants évènements". Une union équilibrée existait entre le monde physique et le monde des esprits. Les hommes savaient que chaque corps humain était la manifestation d’un esprit sur le plan matériel.

Puis vint le temps ou l’animal à deux jambes quitta le cercle de Grand Père le Feu et parti dans le sombre monde duel et fini que l’homme appelle La Vie. Dans ce monde limité par la mort, nous avons oublié nos perceptions subtiles, perdu notre capacité à parler le langage sacré et le contact avec le monde des esprits. Notre réalité physique devint seule réalité et peu à peu l’homme entra dans un monde d’illusions dominé par les peurs, les turbulences émotionnelles, les guerres. L’éloignement de la nature amena la maladie, il n’était plus en lien avec le rythme de la vie.

Avec le temps, les hommes furent de plus en plus nombreux et s'établirent tant que les animaux ne trouvèrent plus leur place. Puis les hommes inventèrent les arcs et les flèches, les couteaux et les lances et commencèrent à chasser les plus gros animaux, les plus petits étant écrasés sans attention.

Les animaux se réunirent pour réagir pour leur sécurité: Les Ours avaient vu les leurs tués pour leur viande et leur peau et envisageaient de se venger par les mêmes armes. Heureusement pour l'humain, le vieux chef Ours Blanc refusa de s'engager et invita les Ours simplement à se défendre avec leurs dents et griffes si besoin. Les Cerfs et Biches décidèrent d'utiliser leur magie: Chaque fois qu'un chasseur tuera un cerf il devra demander pardon, s'il ne le fait pas il aura des rhumatismes. Puis vinrent les poissons et reptiles: ils décidèrent pour se venger que leurs agresseurs rêveraient d'être attaqués par des serpents ou de manger du poisson mort afin qu'ils perdent l'appétit et tombent malades. Enfin, les oiseaux et insectes décidèrent de propager des maladies auprès des humains.

Les plantes, qui étaient encore amies des humains prirent connaissance de la rebellion et décidèrent d'aider les animaux à 2 jambes: Nous apparaitrons à l'homme chaque fois qu'il en aura besoin: c'est ainsi qu'est née la médecine, chaque plante pouvant amener un antidote à la maladie crée par la revanche du monde animal.

Grand Père le feu qui espérait que la réunion soit encore possible, envoya l'Aigle, le frère, le premier chaman pour montrer à l'humain le chemin par lequel nous pourrions retrouver notre épanouissement. L'Aigle descendit sur Terre et apporta le tambour permettant à nouveau de communiquer le langage des esprits.

Pendant 10 jours à Sedona j'ai l'impression de revenir en ce temps là. Je ne sais pas comment mettre des mots sur cette expérience sacrée sans la rendre banale.

Dans une langue dans laquelle la laïcité est devenue la religion d'état parler de Divin est souvent mal compris voire mal vu. Je pense que c'est d'ailleurs la source de notre malheur: le début du désenchantement.

Sedona est une terre spéciale, qui restera à jamais à l'intérieur de moi.

Elle fut le lieu où les indiens venaient faire leurs cérémonies d'union avec les esprits pendant des centaines d'années et est connue pour sa beauté et ses vortex d'énergie.

En arrivant, je sens immédiatement qu'il y a ici quelque chose de spécial et que je suis là pour "travailler". Je suis accablée par la chaleur, par l'aridité de l'air du désert, je pleure et je ne veux que repartir, fuir: réaction naturelle de l'égo qui sait qu'il va se passer quelque chose d'inconnu et d'important...

J'ai prévu de passer dix jours avec une femme extraordinaire pratiquant le chamanisme (je pense qu'il est plus respectueux lorsque l'on est pas directement issu d'une lignée de dire pratiquant et non chamane et cela ne remet en rien en cause les dons, connexions, capacités), terminant par 24 heures de solitude, de silence et de jeûne dans la nature.

Chaque jour Sandra me guide au son de ses tambours à travers des voyages dans d'autres mondes, à la rencontre de l'invisible. Comment sait on que c'est réel? On sait. On le sens. Cela vient d'un endroit à l'intérieur de soi qui est profond, différent et ne doute pas. La sensation de retrouver l'espace dont on vient et qui ouvre le coeur à un amour d'une autre dimension.

Je marche des heures autour de Sedona. L'énergie qui provient de cette terre est si forte que si on l'écoute on peut l'entendre résonner: à certains endroits je me sentais joyeuse comme une enfant; d'autres lieux me rendaient sereine; ailleurs j'étais émue de tant de richesse et à un endroit bien précis je rencontrais toujours mes ombres, mes blessures. A Sedona on ne ment pas, cet endroit vous montre tout ce que vous avez au fond de vous même, le meilleur comme le pire. Mais quel que soit le sentiment généré, quelle émotion, quelle gratitude de se sentir si en lien avec le vivant; de communiquer avec le visible et le subtil... plus j'ouvrais mon coeur à la gratitude et l'émerveillement plus la nature me le rendait, comme dans une communion par tous les sens et la compréhension profonde, dans le corps, de ce que veut dire être relié, ne faire qu'un.

La quête de vision est un rite de passage amérindien: les jeunes hommes partaient plusieurs jours en isolement et revenaient transformés en partie par la vision qu'ils devaient obtenir.

Ma quête ne dure que 24h et m'écartant encore de la tradition je choisis deux lieux différents, mais je jeûne et n'ai bien sur ni téléphone, ni livre ni distraction, ni tente de camping. Je passe d'abord la journée près de la rivière: seul endroit dans cet environnement aride et puissant ou je sens un lieu de ressourcement, une énergie féminine, douce, presque maternelle. Sur mon rocher dont je ne bouge pas de toute la journée je deviens à force de méditation l'eau de la rivière qui s'écoule sans cesse. J'observe comme le poisson s'essouffle à remonter le courant et semble se laisser porter par lui en me disant que c'est une belle leçon. Je deviens les branches de l'arbre qui dansent dans le vent, je sens en moi la puissance de la montagne, je joue à converser avec les oiseaux. Après quelques heures je sens en moi une légère tension qui en tant normal aurait signalé le moment du départ. Bloquée ici je ne peux que m'abandonner au moment présent et détendre cette contraction:

Comment notre cerveau est-il fait pour que, alors que le moment présent est magnifique et qu'il n'y a rien de mieux ailleurs à ce moment là, nous trouvions quand meme l'envie d'y échapper? Consciente de ce jeu du mental je ris de moi et me détends tant que je me fonds littéralement dans l'instant, dans la beauté présente, libérant ainsi une sensation de plaisir physique, d'extase orgasmique.

Chargée de cette belle énergie je pars le soir pour Bell Rock, un autre vortex: de mon lieu d'observation les montagnes me semblent être un concile d'anciens, de sages, de rois. Face à elles je me sens toute petite et pourtant invitée à me dresser, comme si les esprits d'ici m'encourageaient à regarder au fond de moi pour me dépasser.

Chaque fois que j'étais venue ici auparavant mes émotions avaient été décuplées. La première fois que j'avais découvert cet endroit, j'étais ce jour là dans mes pensées, dans le passé et je n'arrêtais pas de me perdre au point de me retrouver sur un endroit de la falaise assez dangereux. Je m'étais agacée, j'avais repris ma direction, puis étais repartie dans mes pensées et m'étais perdue à nouveau; plusieurs fois. Cette randonnée était censée être une des plus faciles, que se passait il? La réponse m'était venue avec la question ... Bien sur je me perdais parce que je n'étais pas présente. La montagne me ramenait ici et maintenant. Comme toujours, l'extérieur est le reflet de ce que nous sommes à l'intérieur, ici c'est immédiat et amplifié. Il m'était arrivée de marcher ici et de me sentir de plus en plus en colère ou triste, jusqu'à ce que je n'ai d'autre choix que de m'asseoir et regarder en face cette émotion, la confronter, la comprendre, tout comme les anciens présents dans cette montagne me regardent et me confrontent.

Comme si ces montagnes si majestueuses et puissantes n'admettaient pas que l'on puisse s'abaisser et ne pas manifester notre grandeur.

Cette nuit là j'installe donc non pas mon campement mais mon cercle, ma roue de médecine: il s'agit de créer un espace sacré délimité avec des pierres et offrandes et d'inviter les esprits bienveillants à être présents.

Méditer dans la nuit noire face à la voie lactée et aux montagnes m'emmène dans une forme de transe. A partir de là, aucun mot ne peut décrire ce qu'il se passe. Encore une fois dans ce lieu je me sens face à une présence fière, puissante et masculine qui semble me défier avec bienveillance et protection: serais je à la hauteur? Les pensées et émotions passent: les blessures passées, les quelques rancoeurs gardées, les peurs cachées, les déceptions pas tout à fait pardonnées .. tout me revient comme un grand nettoyage et rien ne semble plus signifiant ni réel face à la noblesse du lieu;

Je me sens toute petite ici, et c'est dans cette humilité et cette gratitude que je ne me suis jamais sentie en même temps si grande et si complète.

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